Synchronicités – Pouchkine, 3-7-1

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Il est important de ne pas se laisser emporter par l’aspect bizarre de la chose.

Il m’est difficile d’aimer calmement, sans peur, lorsque des signes que je considère sur le moment trop intenses se manifestent.

Ces derniers jours, ce sont les chiffres, entre autres. L’impression de voir des yeux dans les miens. Très proche, tellement, c’est comme s’ils étaient jumelés aux miens. Des mots, aussi, plus que des noms. Ça fait changement.

Des pensées claires, aussi, bien dessinées, qui me semblent surprenantes.

*

Comme cette envie de retourner vers les Russes, par ce chemin habituel que j’avais pourtant rejeté. Sans m’enfoncer dans les ténèbres, j’ai été en mesure de les côtoyer pour bien les mesurer. Je ne me suis appropriée de noirceur, cette fois. J’ai regardé, un peu plus en paix.

*

J’ai écouté, en livre audio, la Dame de Pique de Pouchkine.

Je le connais peu. Le sachant très célèbre
j’ai remis à plus tard notre rencontre.

*

La combinaison. Voilà le choc.
Et cette description.

« Deux idées immobiles ne peuvent exister à la fois dans le monde moral, de même que dans le monde physique deux corps ne peuvent occuper à la fois la même place. Trois — sept — as effacèrent bientôt dans l’imagination de Hermann le souvenir des derniers momens de la vieille comtesse. Trois — sept — as ne lui sortaient plus de la tête et venaient à chaque instant sur ses lèvres. Rencontrait-il une jeune personne dans la rue : — Quelle jolie taille ! disait-il ; elle ressemble à un trois de cœur.

— On lui demandait l’heure ; il répondait : Sept de carreau moins un quart. Tout gros homme qu’il voyait lui rappelait un as. Trois — sept — as le suivaient en songe, et lui apparaissaient sous maintes formes étranges. Il voyait des trois s’épanouir comme des magnolia grandiflora. Des sept s’ouvraient en portes gothiques, des as se montraient suspendus comme des araignées monstrueuses. Toutes ses pensées se concentraient vers un seul but : Comment mettre à profit ce secret si chèrement acheté ? »

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Organisation des données / Rêves et observations sur l’humeur

L’envie irrésistible de réécouter Richard Hell, d’entendre sa voix parlée.

Quelques poèmes, le choix laissé au hasard.

Quelques chansons, celles que je trouve triste.

*

Chaque fois que je dois me rendre dans ce quartier, je deviens nerveuse. Cette fois, j’ai été capable d’arriver à l’heure. Je n’ai pas non plus retardé le départ. Difficile.

Ça a bien été. Suivi mon corps. Il sait comment se comporter.

*

Ma façon de bouger en public a évolué. Toujours plus d’authenticité et d’aisance, même dans la maladresse. En moi, je ne suis pas encore capable de trouver ceci beau durablement. Je me rappelle la sensation, le chemin de la pensée, lorsque j’ai pu l’aimer hors moi. J’essaie d’appliquer. C’est beaucoup à accepter. Les femmes ont cette habitude, dans plusieurs cultures, d’une certaine discrétion. La pudeur, être réservée, savoir bien se tenir. C’est la raison principale pour laquelle j’aurais aimé être un homme. Pouvoir agir plus librement, permettre à mon corps de simples agitations ou maladresses, qui peuvent être vues par mon peuple, comme une façon de vouloir attirer l’attention. C’est faux. Quand on me regarde, je crois que ça se sait. Je ris, certes, je souris, mais je n’entre presque jamais en contact. Retirée dans mon monde de perceptions, avec mes analyses et mes conclusions (souvent humoristiques, pour me divertir par moi-même), presque toujours un pas derrière. J’aime admirer, contempler.

*

Le rêve serait d’être avec une autre personne et pouvoir partager certaines de ces observations, et qu’il y ait une réaction réciproque. Le genre de choses qui étaient possibles avec lui, quand il y avait permission. C’était la première fois que ça m’arrivait, de façon aussi nette. J’étais moins seule. Je savais qu’il y avait souvent (selon nos humeurs) la possibilité qu’il comprenne.

*

J’ai peu de motivation, moins d’agitation même nerveuse. Sans être apathique, puisque je sais comment me soigner, je suis lente, comme ensevelie.

*

Sur l’écran, gelée, l’inscription : IMG_3838

*

Go qui miaule, le frigo qui s’agite. La lumière blanche me fait mal aux yeux.

Lâcheté, ne jamais changer l’ampoule.

*

Je crains que mon comportement ne passe pour de l’arrogance.

Je n’ai pas renouvelé les vœux. J’ai offert la réciprocité des distanciations.

Fatiguée d’être forcée à accepter des schémas relationnels, qui ne me conviennent plus.
Je n’aime pas la confrontation. J’ai si souvent peur. Simplement peur.

Fatiguée de devoir accepter des conditions qui ne me conviennent pas tout à fait bien.
Je dis oui pour ne pas vivre les déchirements. Après tant de souffrances, j’ai besoin de me guérir.

*

Ne pas faire de pas est tout ce qui me reste, lorsqu’on me quitte, pour me respecter.

Ce n’est pas une question de fierté, pas totalement.

De l’estime minimale de soi.

Peu importe les situations, même dans la violence qui pousse à l’envie de mourir, j’ai toujours considéré ma propre valeur. Je me suis haïe, certes, et d’abord parce que j’ai haï pendant un très court moment les autres. J’ai appris tôt à me punir assez sévèrement pour ne plus ressentir ceci envers qui que ce soit. Je déteste cette sensation de me trouver si laide, si condamnable, l’irrépressible envie de m’anéantir avec beaucoup de violence, concrète. Pour ne pas maintenir l’envie du suicide, je trouve important de me tenir loin de tout ce qui me met dans cet état.

Je ne peux pas fermer les yeux sur ce que j’ai déjà vu.

Je ne peux plus retourner à l’état initial. Je ne le désire pas.

Je ne peux simplement pas faire ce genre de pas.

*

Code moral intime, quelques règles seulement.

Infranchissable. Trop risqué. Perdre le contrôle.
Très, très peu de limites. L’importance de ces limites.

*

J’ai recommencé à rêver. Refaire l’exercice de mettre en mots (en ordre) est compliqué.

Mais des choses marquantes se sont passées. Une nouvelle lucidité, plus ou moins volontaire.

Je me sentais parfois demander à rester dans le rêve, parfois je voulais le quitter et c’était impossible à ce moment-là. Après, des pertes de contrôle.

Du grotesque, du drame. Du monstrueux.

*

Dans un des rêves, derrière une colonne sculptée (très grande, mais dans un appartement assez étroit), j’avalais goulûment des sandwichs au jambon (végétar(l)ienne). Il était là, il faisait une espèce de conférence. Je n’essayais pas de savoir ce qu’il faisait. Je mangeais. Il ne fallait pas qu’il me voit, il était très anxieux. Je ne pouvais pas l’encourager, il en aurait eu honte. Je ne pouvais pas le contempler amoureusement pour la même raison. Mais je ne pouvais pas, à ce moment du rêve, me contraindre à arrêter de le regarder. Il était si beau. J’étais vraiment contente de le voir, bel et bien vivant. Heureuse, souriante, je mangeais sans compter, sans me soucier. Laisser aller.

*

Je n’oserais pas dans la réalité. La simple idée m’angoisse. Manger et le regarder, sans son consentement. Il faut dire que dans la réalité, j’ai eu souvent cette peur, de le violer.

*

J’ai quand même été capable de me lever et de continuer l’action du rêve. Cette discussion dans la cuisine de l’appartement. Puis, la fausse noyade dans la piscine-lit. Je me serais tuée pour vrai, si tu n’avais pas crié NON! Quelle angoisse.

*

Un autre, duquel il me reste peu du récit ou d’images.

Couchée, dans un lit de malade, sans pouvoir bouger.
Je me regarde hors mon corps, j’observe la scène.

Un homme assis à mon chevet, regarde fixement devant lui.

Le jour, il parle à mes amis, ma famille. Explique l’état de santé,
les modifications. La nuit, il me regarde.

Un soir, de retour dans mon corps, je l’ai entendu me parler.
Impossible de comprendre ses mots. Puis, avant d’avoir pu réagir
j’ai senti son corps au-dessus du mien, souple, agile,
la couverture soigneusement ramenée sur nos têtes.

Je ne voulais pas. Réveil rapide. Ne pas ressentir longuement
l’effet du viol.

*

L’équilibre est difficile à maintenir entre mon besoin de m’isoler pour comprendre et celui d’être en contact avec des humains, des vivants. Je deviens rapidement confortable dans la solitude. Mais le retour en société devient toujours plus compliqué.

*

Je ne combats plus. Ni la dépression ni la peur de mourir.

Comment différencier survie et violence?

Je ne sais pas.

Sur le tabou d’aimer l’ombre / sur ce notoire criminel

Un énorme tabou
que j’ai envie de faire éclater.

Je ne sais pas pourquoi, ni comment, si c’est bien ou nuisible.
Mais mon cœur s’implique
et l’amour naît du constat
d’un ressenti qui est aussi C-conscience
intelligible.

*

Il existe cet homme, un autre mort, par qui j’ai passé beaucoup de temps à aimer.
Avec qui j’ai expérimenté mentalement, par des discussions internes plus que par des images (ça aurait été sans doute fatal), les extrêmes.

Je n’arrive plus à savoir quand ceci a commencé.
Mais cet amour me semble familier, bien connu.

Avec les années, j’ai refoulé cet amour pour la morbidité, et certaines formes de violence.
Sans même m’avoir donné le droit de fantasmer, j’ai choisi de ne pas expérimenter cette voie.

J’ai eu peur de mes excès, puisque je savais l’intensité de ce monde imaginaire,
partagé avec des Muses et des tableaux variés. Par ma constitution, il semble que je porte une grande part d’ombre. Je comprends la laideur, le monstrueux, par mon esprit et par mes yeux. Je les reconnais par mon cœur. Je les aime comme je voudrais qu’on s’aime tous. Soi et l’autre.

Mais cette facilité à aimer se retourne facilement contre soi.

J’ai dû choisir de ne plus aimer dans un monde éthérique des Muses Noires,
pour ne pas céder à l’intensité dans mes fantasmes. Renverser la déviance complètement
pour éviter de vivre la pire des possibilités.

Parce qu’elle est horrible, et réellement.
En état de déconnexion, par certains traumatismes,
je sais ce qui peut être ravivé.

J’ai toujours craint ces moments de déconnexion. Quand ils ont commencé à être dangereux, je me suis retirée. J’ai appris à le faire avant qu’il ne soit trop tard, mais il m’aura fallu plusieurs humiliations majeures et violences crues pour connaître un équilibre relatif. Je craque encore, oui, mais plus dans la tristesse que dans la colère.

Fatiguée de connaître des crises de rage surpuissantes, je me suis guérie.
J’ai tendance à penser que je n’avais pas le choix. Mais ceci est faux.

Et cet homme mort que j’aime, là-bas, assez loin, a choisi de céder à ses pulsions. Et encore, même dans ses aveux, on peut voir parfois la flamme de l’excitation sexuelle dans son œil, le sourire qui se forme sur ces lèvres pourtant réprimées.

Le danger de céder à la pulsion. Le fantasme qui s’intègre comme une réalité.

Ne pas fantasmer du tout m’a semblé être la solution pour ne pas risquer de céder.

Tristement, je sais qu’il y avait de bonnes raisons pour cela. Le temps et les expériences me l’ont prouvé. Je pouvais taire mon corps, freiner mes mouvements de révolte, ma bouche pouvait arrêter de nommer, mais en moi, l’intensité de la rage est restée la même. Transformée seulement temporairement et partiellement par des voiles, des masques et d’autres décorations.

Je sais qu’il existe des façons de déclencher ma rage. Rarement contre l’autre.
Presque jamais. J’ai peu de limites. Les dépasser demande une sorte de persévérance.
Recommencer la trahison, reprendre les silences violents,
choisir de me laisser de côté.

Ceci ravive ma rage. J’ai appris, méticuleusement, en un premier temps, à la retourner vers moi.

Puis, plus tard, par cet amour ressenti pour lui, je l’ai transcendée.
Je ne pouvais ni lui faire subir ma rage, ni me la rendre.

Je ne parle pas de suicide, mais de torture pour oublier la sensation.
Du masochisme, sans l’association au plaisir sexuel.

Les quelques fantasmes que j’ai conservés
concernaient cette violence horrible envers moi-même.

C’était plus facile que d’en ressentir pour une autre personne. Je suis incapable de narcissisme prolongé, suffisant pour justifier mes crimes. Je suis sévère. J’ai préféré me punir plutôt que de m’épargner.

*

En couple avec lui, j’ai exploré par son intensité les miennes. Renversées, elle me sont d’abord apparues plus claires. Nous étions très contrastés. Mais ce n’était pas équilibré, ni vraiment complémentaire, du moins pas de façon confortable dans ce monde de dualité, de matière, de contraintes physiques, intellectuelles. Toujours, au mieux, nous ne pouvions que nous regarder sans nous contempler.

Je le regardais sans qu’il ne réagisse. Il n’aimait pas ces yeux amoureux posés sur lui. Je crois qu’il s’est senti indigne de cette clarté. Éloigné, peut-être même étranger. J’avais pourtant vu un jour dans son regard une tendresse pure, inégalée. Je ne l’ai pas rêvée.

L’erreur a été de vouloir la recréer.

Rares étaient les moments de rencontres dans l’amour mutuel,
calme, serein.

J’ai été fatiguée de les embellir par le souvenir,
de les rendre précieux.

La rareté fait la Beauté, certes.

Mais ceci, je l’ai découvert avec un autre que lui.
Dans la globalité, dans son individualité, dans notre lien,
la rareté était la compatibilité, ce qui se répétait
malgré les malentendus, les crises, les distanciations,
la possibilité d’être entendu, respecté.

*

J’ai eu l’impression de tout gâcher.

On ne peut rien gâcher
avec quelqu’un qui ne nous considère pas
comme quoi que ce soit.

Moi associé à ça.

Même ces phrases emplies de colère
m’ont aidée à pardonner.

Malgré tout, j’ai gardé en moi
un souvenir plus gai
de ce que nous avons été.

*

Il était si sombre. Et en même temps, très enfantin. Terrible, et parfois terrifiant, surtout quand il se dressait, mais tout de même un enfant.

C’était une assez grande différence entre nous. J’ai voulu, assez tôt, devenir indépendante. Malgré l’angoisse et la paresse, l’apathie momentanée, les troubles mentaux. Lui, il voulait s’émanciper, tout en étant encore servi. Il a cette capacité grandiose à se laisser mourir. À aller jusqu’au bout.

Il m’a souvent fait penser à un prince emprisonné. Je n’ai pas longtemps penser à contester ses volontés. Et pas seulement parce que j’avais peur de ses réactions, qui étaient changeantes et assez surprenantes. Je devais toujours être prête à m’adapter.

*

Dans cette entrevue, on peut voir Jeffrey tel qu’il a été. J’en ai l’impression.
On peut voir à certains moments de la dissimulation, son regard qui s’anime à des moments déplacés,
la manipulation de celui qui préfère garder le silence que d’être exposé. Il savait comment détourner l’attention. Il savait aussi comment se rendre invisible, par son apparente impassibilité. Doucement, ses phrases ponctuées de soupirs, il explique les raisons derrière ses crimes. Comme soulagé de mettre fin aux secrets. Une fois le fait nommé, le tabou est tombé. Son langage précis, ses mots bien choisis, il explique tantôt très lentement, tantôt avec une pointe de hâte, ce que furent ses crimes.

Il avait pris du poids. Il semblait moins malade, mais toujours aussi étrange. Son ventre est très gonflé, ses cheveux sont plus longs, presque dorés. Ses yeux cachés par des vitres immenses. Ses lèvres sont pincées, sans un demi-sourire qui semble permanent. Le contraste inquiétant avec l’apathie. Je détesterais voir le renversement de l’apathie. Le mouvement enclenché, il a choisi de l’offrir au malsain.

J’aime de cette entrevue la présence de son père. Encore plus immobile que le fils, les mots rares. Le calme qui cache la tristesse, les failles. Maintenu par l’apparente indifférence, il ne craque pas fatalement. Mais il semble toujours être juste à côté de cette possibilité. Craquer à jamais, craquer pour toujours. Comme son fils. Commettre l’irréparable. Contre soi, contre l’autre.

*

 

Je n’ai jamais apprécié les détails sur les meurtres, les mutilations, le  sordide.

Encore moins, les commentaires hystériques de certains sur ces faits.

Plusieurs se portant à la défense de cet homme. Les femmes s’empressent vite de le déclarer sexy. D’autres à dire qu’ils se reconnaissent en lui. D’autres encore à le déclarer comme tout le monde.

C’est dangereux.

*

C’est dans la plus grande prudence
que je m’approche d’eux.

C’était important. J’avais des choses à vérifier.

L’état de mes propres refoulements.

Sur le choc, les dépressions psychotiques, les hallucinations

Cohabiter.

*

La lassitude

je fais de mon mieux
pour ne pas m’enfoncer

l’isolement, j’essaie de ne pas
le propager, la solitude est réelle
je ne fais pas exprès
toujours été comme ça
je m’ennuie, souvent,

de quelque chose que je ne sais pas
l’impression d’avoir entrevu
j’aimerais dormir, y retourner,

jamais réussi à m’adapter
à ce monde environnant.

Je ne (re)connais pas encore assez mon âme
pour m’en aller en paix. Il me semble
que ce serait incomplet. Ceci me retient
de me noyer dans des idées suicidaires.

La lassitude
l’ennui, le poids du temps
la crainte face à ses limites.

Vivre bien, vivre mieux

ne plus uniquement
survivre.

*

Je ne sais pas quoi rechercher.

Vérité, ça ne me satisfait pas.
Ni justice. Ou même paix.

Je n’ai pas de but précis,
mais il se dessine depuis quelques années
des directions.

J’ai pour indices

l’amour comme ressenti, la Beauté comme Amie
la libération, la liberté pour Alliées.

Est-ce que la Quête est quelque chose qui se sait?

Peut-elle se condenser en mots?

*

J’ai eu des visions de l’homme argenté
dans un état de demi-sommeil.

Il était là, juste après
ces rêves désorganisés
chargés

encore debout, et sans être loin
il me semble inatteignable.

Je ne pense même pas
à tendre la main.

*

Pour contrer ce genre de phénomène
quand ils deviennent troublants,
sources d’angoisses et de dérapages,

il faut être capable de les regarder,
oser le faire n’est pas tout
il faut pouvoir maintenir la position
assez longtemps pour parvenir
au résultat recherché.

En cas de symptômes psychotiques
il n’y a pas beaucoup de temps pour agir.

J’ai développé des astuces drastiques
en cas de danger, avec les années.

Parfois, surviennent encore les accidents
surgissent les pièges.

Ceci me permet de revoir
ma capacité à soulager des symptômes
psychotiques ou névrotiques potentiels.

C’est important, un devoir
pour maintenir une bonne qualité de vie
le repos est peu permis

quand de réelles conditions aussi intenses
sont expérimentées.

La vrai malade a besoin
non pas de soins constants de la part des autres
mais de la force, de la volonté
pour trouver en lui
ce qui l’apaise.

Quand on est médicalement fou
le repos est rare. Même celui-ci
doit être surveillé.

Appliquer la voie du juste milieu
en ce contexte
est un exercice qui demande
discipline et volonté,
dévotion.

C’est difficile
de ne pas rechuter
dans l’excès, dans la culpabilité
de ne pas faire, de trop faire
de mal faire,

donc, dans un état qui frôle
à nouveau la maladie.

Ces cycles, c’est étourdissant,
ce n’est que dans l’accomplissement
du travail pour mettre fin
à cette confusion physique et mentale
que je trouve une forme de paix.

Le silence, dans l’équilibre
le silence qui est plein
de quelque chose à venir.

*

Je dis visions, c’est au sens physique
comme un mirage pourrait l’être

ou encore une hallucination.

La vision, je la ressens plus doucement.
Même dans des thèmes plus sombres,
elle ne me fait pas perdre le contrôle
sur ma conscience, ici-maintenant.

L’hallucination, elle, me menait
dans de drôles d’endroits.

Elle choisissait
pour nous.

*

Il y en avait des récurrentes.

Des araignées, qui ne me faisaient pas peur
on aurait dit qu’elles étaient intriguées,

et aussi des chats, qui se faufilaient
et risquaient des accidents.

Eux me faisaient paniquer. Envahissants.
Le chat-roi, imposant.

Les araignées restaient sur leur territoire.

Je savais rapidement qu’elles étaient fausses.
Constat rapide, un mouvement que je faisais pour vérifier.
Comme dans les rêves lucides.
La même technique.

Les hallucinations de chats
m’ont fait publiquement réagir,
je me suis sentie folle, c’était très honteux.

ATTENTION!
Cris aigus, mains devant le visage.

Rire gêné ensuite.

J’ai été chanceuse.
Toujours évité la psychose complète.

Le retour à la réalité était rapide.
Quelques secondes à peine.
Le problème était quand l’alternance
devenait incontrôlable,
quand les symptômes se remanifestaient
presque immédiatement.

Je me souviens d’un autre type d’hallucination,
qui m’a convaincue d’endurer les effets secondaires
d’une très forte médication
qui rendrait possible l’arrêt du symptôme.

(Choisir non pas l’abattement, mais l’assommement.
Au mieux, l’étourdissement.)

Cette hallucination, était du type
envahissant, qui prenait le contrôle.

Je les vivais comme des invasions,
des parasites à mon système. Alors qu’en réalité,
je les produis. C’est fascinant. À l’intérieur de soi,
l’extérieur (qui est finalement de l’intérieur) envahit.

C’était un homme, d’une soixantaine d’années.
Habit de pêcheur jaune, chapeau compris,
canne à pêche, sceau de bois.

Une fois (ironiquement, en sortant
d’un rendez-vous psychiatrique), je l’ai vu
assis en bordure d’un escalier roulant
les jambes croisées,
il fumait à l’intérieur

ce n’était pas permis.

L’incohérence m’a fait arrêter
mes mouvements.

Je l’ai observé, au moins deux minutes,
et il a continué de se détailler.

Quand j’ai compris qu’il n’était pas là,
présent dans la réalité, j’ai eu très peur.

*

J’ai pris au sérieux ma guérison.
J’ai fait mes devoirs. Les thérapies,
les changements de mode de vie,
l’affirmation de soi, la médication.

Etc. etc.

Je ne suis plus celle qui souffre
souvent de ces effets post-conscience du choc
ou encore d’autres (que je trouve pire)
découlant plus directement du choc.

Je considère tout de même
que j’ai une fragilité sérieuse
malgré cette force, l’endurance,

je dois simplement, maintenant,
l’accepter

et qu’on peut aussi
ainsi m’aimer.

(8 69)

Sur les doutes, la peur, la mort

Higher Self,
please stand up

*

Trois semaines à ne pas avoir le courage de regarder ce film. Ça me demande une certaine forme physique. Mon cœur s’agite beaucoup.

*

J’ai pourtant très envie de bouger. Certains choix que je n’ai pas encore le courage de faire.

*

Un déplacement. La direction ne s’affiche pas aussi facilement, quand je n’ai pas la foi.

*

La limite de ce que je sais créer dans cette réalité.

*

Ma foi envers Dieu est toujours la même. Les nuances, les enchaînements, le doute et le choix.

*

C’est en l’importance de l’existence que je perds foi (et/ou envie). De la pertinence de continuer une expérience somme toute très désagréable.

Est-ce de l’acharnement? Vers quoi me dirige ce qui s’apparente à un calvaire? Y aura-t-il vraiment une rédemption?

Sur le lit de mort? Quand se pressent les organes et la conscience, quand viennent les remords et les doutes pointus?

Je n’ai plus envie d’expérimenter ces souffrances. Je n’ai ni envie de mourir par la croix, ni l’espoir de me sauver ainsi.

Et si la suite n’était que l’accomplissement de d’autres tourments? Je préfère ne pas croire au karma.

Je suis souvent en révolte contre ce que je n’ai pas été en mesure de faire dans ma vie pour mieux mettre fin aux choses, à temps.

Des dynamiques, des reproductions, le grotesque, les absurdes mises en scène…

Ma façon d’y contribuer, la honte reliée à ma participation dans ces drames étranges,
la pureté de la folie, de la culpabilité, des remords. La flagellation.

La culpabilité du temps passé à culpabiliser… etc. Le choc. La répétition.

Comment sortir de cette noirceur? Me faut-il réellement seulement l’accepter?

J’ai peur de me séparer de mon ombre. Comment complètement laisser aller?
Est-ce la bonne solution? Je tente tout de même.

Me faudra-t-il échapper à cette vague ou accepter d’y succomber?

Ma part d’ombre, elle me trouble, je l’accepte mal.

Fatiguée de vivre, mais toujours cet espoir d’expérimenter durablement
quelque chose de sain, de beau,

j’ai  besoin de calme et de communion.

*

Le mur dans Haibane Renmei.

Protégés, un passage avant l’envol.

*

Ionesco et ses rêves, le mur qu’il décrivait.
L’émotion n’était pas la même.

*

En langage archétypal.

Je crois que c’est le démon en moi qui a le plus souffert
du rejet d’un reflet-ami.

Notes variées sur cet amour, sur l’échec, l’écriture et Kafka

30 novembre 17

L’écriture, sa nécessité. Mode questionnement. Le mot ne m’appartient pas. Qu’est-ce que la mission? Existe-t-elle? Acte égoïste? Un besoin? Si j’essaie de comprendre, j’écris, mais j’écris mal. Si j’écris mal, j’ai de la difficulté à mettre au clair, dans mon monde intérieur. La nécessité d’écrire. Celle d’être lue, je ne sais pas. Je ne sais pas dire. Comment savoir? Est-ce que je dois comprendre? Ou juste écrire sans réfléchir, et rater ainsi ma vie?

*

les grands angoissés, névrosés, qui finissent par exploser

*

Quand je vais mal, tout se dégrade si rapidement. Enfermée dans la hâte d’être seule, finalement, pour ne pas être assez en forme pour réfléchir et être active. Tout est au ralenti. J’aimerais être forte. Mon corps se fait vieux. Je suis lasse, plus que déprimée.

*

Ambulance dehors. Comme un pendule. Coups dessous, légère agitation.

*

Je m’imagine de moins en moins vieillir ici. Le climat sur Terre est si instable. Je n’ai pas envie de vivre l’apocalypse, le concret, les feux et le réchauffement, les bombes nucléaires et les dômes de protection… Je n’ai pas envie de ce qui m’est offert ici-maintenant, ni de ce qui se pointe à l’horizon. J’ai peur. J’ai du mal à m’accrocher à une envie minimale de vivre. Ce n’est pas ma nature. C’est déjà difficile à transformer. Je n’ai pas envie de mourir. J’aime bien vivre, le moment présent. J’ai peur de l’explosion, des dommages et de l’agonie. J’ai peur de ne pas avoir vécu pleinement, au moment ou tout prendra fin. J’ai peur de la seconde avant la mort. Du choc. J’ai peur de vivre l’agonie, en voyant tous mes regrets et mes remords se manifester en mon esprit. Y a-t-il un dieu à prier, à ce moment? Un apaisement réel avant de vivre une fin tragique? Je ne sais pas. Je n’y crois pas. Je ne veux pas mourir ainsi. Mais je suis fatiguée de vivre de cette façon. Le moment présent convenable, mais des lendemains troubles. J’ai cette honte d’exister de laquelle je dois me débarrasser. Accepter que tout ce que j’écris ici peut se retourner contre moi. Un tatouage, une espèce de pornographie. Ce personnage qui n’en est pas un, de la littérature qui n’en est pas, qui ne cherche pas à être quoi que ce soit, mais tout de même, de la littérature. Des mots, ici, des mots gravés, qui ne se retirent plus. La honte, les risques, la peur.  Pourquoi? Pourquoi je continue de le faire, sans recherche de validation? Exister, en avoir honte, me dissiper, vouloir fuir. Ma fierté. Ma puissance. Honte de cette force. De tout ce qui a été détruit par mon passage. Des ruines? J’ai honte de me révolter. Culpabilité, agressivité. je n’aime pas croire à mon droit d’être en colère. Le droit ne me satisfait pas. Ce n’est pas le point. La loi, non, non, ce n’est pas contre elle que je m’élève. C’est contre le manque de respect de mes limites sacrées. J’ai peu de limites. Il en existe tout de même. J’ai honte de la violence avec laquelle je riposte. L’action. Je prends rarement position. On me dit souvent que je manque de clarté, jusqu’à ce que je craque.

Je dois arrêter.

*

J’ai besoin d’écrire pour sortir tout ça de mon système.
Plusieurs mois de cette pression sur mon cœur.

*

Pourquoi utiliser autant cette figure?
*

Ça m’a fait très mal. Je me suis sentie attaquée en plein cœur. Sans exactement comprendre pourquoi.

*

une imposture, un ravissement? Si non, quand même, pourquoi?

*

pourquoi avoir agi ainsi? Pourquoi avoir fait ces choix?

la réponse ne m’intéresse pas.

La vérité n’est pas ma quête. Le pardon, ma voie.

*

Beaucoup de pensées pour le triangle.

Le concept de base, de sommet.

Il y a là quelque chose que je ne comprends pas.

*

J’ai dû apprendre les codes des humains. Beaucoup de difficulté à établir ce qui est correct, bien, tabou ou non. Je fais beaucoup de faux pas. Des inconsciences, des arrogances, de l’ignorance, etc.

Je comprends mieux les conventions, mais j’y adhère de moins en moins.

*

Je me distancie rapidement, quand je sens ma nuisance. Ce que j’éveille chez les gens. Le sentiment de révolte, qui naît d’abord d’une possibilité d’exprimer l’innommable. Tout est permis avec moi. Ça a souvent fait ressortir le plus laid de ceux qui ont accepté de m’aimer. Le plus beau, ils n’y croient pas.

*

C’est là, la marque principale de la relation avec mon père. Son incapacité à vraiment croire, de façon saine, à son propre potentiel, à sa beauté, à ce que j’appelle sa divinité.

Il n’a pas la foi et n’a jamais compris la mienne.

Quand je ne l’ai plus, je veux mettre fin à cette vie. Quand je ne vois plus la beauté, je vois l’équivalent en laideur. Elle me fait pleurer, ne me donne pas envie de combattre.

*

Je suis fatiguée. Je me rends compte que je passe, finalement, aucune bonne nuit.

Mon sommeil était meilleur que les mois précédant la rupture, alors j’ai tenu pour acquis que c’était bien. C’était le mieux que j’avais connu. Mais je me rends compte aujourd’hui que ce n’est pas normal, ces nuits tendues, réveillée en sursaut plusieurs fois. Je me rendors vite, j’ai peu de moments émotifs, heureusement. C’était ce qui me rendait noire, avant, l’insomnie dépressive. Mais ce n’est pas pour autant agréable. De plus en plus de douleurs physiques, aux articulations. Je me réveille au matin plus en souffrance que la veille. Je ne sais pas quoi faire.

*

Quand il était là, j’avais développé des trucs, et tout ceci était parti. Malgré que je n’aie jamais retrouvé ma souffrance émotive et physique d’avant, je n’arrive tout de même plus à me guérir aussi efficacement. J’aimerais me rappeler. Concrètement, ces exercices que je faisais, intuitivement. C’était dans la joie. J’en ressens ici-maintenant d’une façon qui m’était avant habituelle. C’est-à-dire de façon ponctuelle, dans le moment. Je n’ai plus cette paix qui venait avec ce sentiment, cette foi A-amoureuse. Aimer seulement Jésus ou Dieu ne me faisait pas ça, même chose pour l’amoureux romantique. C’est la combinaison, la clé. Je suis arrivée à la ressentir en moi, dans des moments grandioses de connexion. Je crois que pour cela, j’ai eu besoin d’être loin de lui pour me définir sans son reflet, l’écho de ses mots, de ses opinions. Autant ceci m’aidait beaucoup, autant quand je ne me saisissais pas moi-même, ça me rendait confuse (quand je dis que je comprends, c’est réel) et impuissante. Loin de lui, dans ce contexte de silence empli de négativité, j’ai appris sévèrement à recréer le sentiment d’Union. En moi, pour moi. Avec une honte indescriptible d’avoir ressenti ceci grâce à cet amour pour lui. J’ai fait de mon mieux pour l’exclure de l’équation. Jusqu’ici, ça fonctionne mal, ce n’est certainement pas aussi bon, magique, divin, fantastique, magnifique, etc (etc., etc.). Ce n’est plus la même équation, donc plus le même résultat. J’essaie de trouver une sorte d’équivalence, mais il n’y en a pas. Et si je n’ai pas simplement accepté qu’il faisait partie de l’équation gagnante, c’est par entêtement, par politesse, une façon d’accepter ses choix. Le mot rejet m’a marquée. Est-ce qu’ici aussi, c’en est? On dirait. Mais je n’ai pas l’impression que c’est mon choix. Comment faire? Je continue mollement mes recherches, mais je m’apaise uniquement avec des morts. Plus tard, quand vient la conscience spécifique, je comprends que même ces morts lui ressemblent. Et là, c’est le découragement total. En colère contre mon subconscient, je me sens souvent pathétique. Comment faire? Continuer à court de souffle, malgré la fatigue de mon corps? Ou bien simplement accepter mon état, mes peines à m’aimer et à Aimer (et bien sûr, l’aimer) comme quand il était dans ma vie? Est-ce que c’est réellement acceptable? J’étais si bien. Je ne parle pas de l’euphorie. Mais de la clarté d’esprit, de l’ouverture du cœur, de la souplesse, de la force que sa présence me donnaient pour affronter toutes les épreuves. La force pour protéger, la dévotion saine,  la sympathie, l’Amour qui ne permet pas qu’on abuse de lui. Tous ces schémas destructeurs, il les a éclairés, pointé du doigt, consciemment ou non.

Parfois, je pense à la quantité de mots échangés. J’ai oublié beaucoup de choses, ce qui s’est passé. Quand j’y repense, ça me gêne (au sens coquet du terme), tout ce qu’il sait de moi, tout ce que j’ai dévoilé. Je sais avoir été moi-même avec lui. Parfois, très timide, mais le cacher aurait été l’équivalent de créer un mensonge. J’essayais de me contenir, mais je n’en avais pas la force. Même dans les pires moments (je vivais tant de violences tues), il me faisait sourire. Je n’avais plus envie de penser à mes problèmes. J’étais triste quand il choisissait l’option de me poser beaucoup de questions, pour finalement se changer les idées, ailleurs, alors que ce n’était pas ce que je voulais au départ, de ses analyses d’observateur. J’aimais mieux qu’on soit naturels, dans notre dynamique réconfortante, plus quotidienne. Il existait avec lui des beaux moments simples, très confortables, quand il n’y avait pas de contrats contre nous. Je me sentais complètement en sécurité. J’aimais ses commentaires, ses moments de folie, ses blagues, mais aussi mieux comprendre ses opinions, connaître sa vie, ses goûts, ce qui l’anime. C’était tellement agréable. Il n’existait en moi aucune douleur, sauf peut-être parfois celle de devoir retenir mon corps, mon cœur d’aller droit vers lui. Sans aucun détour, seulement aller vers lui.

Je ne l’ai jamais fait.

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Le tabou du corps, que je n’ai pas de façon traditionnelle. Dès qu’il y a consentement, intimité, j’accepte naturellement la nudité. Pour moi, le corps, comme un bon repas, est quelque chose qui se partage de façon agréable, moins il y a de honte et de craintes.

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D’autres types de tabous.

Code moral strict.

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J’ai reçu la nouvelle carte. Quand on compare avec l’ancienne, on me reconnaît à peine. La longueur des cheveux, la taille de mes yeux, la forme des joues, de mes sourcils. Mes traits se sont définis, de façon plus douce que je l’espérais.

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Je me souviens avoir croisé dans L.G., le bâtiment « à côté », « l’autre côté », cet ami qui avait critiqué mon apparence. Laisse-toi pousser les cheveux. Il m’avait trouvé attachante, mignonne (il aimait me prendre les joues, les pincer, s’exclamer malgré lui) quand j’étais habillée en beige, dans une période caméléon (une période de plus grande violence et de silence à la fois). Je crois qu’il supportait mal de me trouver attirante. Mais là, je crois que je l’avais dégoûté. C’était un garçon très droit (mais avec une nette déviance), avec des valeurs traditionnelles et des idées arrêtées sur ce que devait être une femme en société. Ça a été un moment marquant pour moi, de le voir déçu de celle que j’étais devenue. J’étais à vrai dire assez malheureuse, et son regard désolé m’avait confirmé que je n’avais pas pris la bonne voie. Mon potentiel gâché par mes choix.

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Je me demande s’il y aura bientôt des règles, sur internet.
Jusqu’où ira la révolte en sens inverse?
Qu’est-ce qu’il faudra faire pour la punir ?

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J’ai très peu de photos de moi. Des moments à prendre des photos, une séance par année, environ, avant.

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Il existe cette série. Cravate noire, chandail orange à rayures. Majeur levé, visage sérieux. Quatorze ans.

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Encore dans cette émission sur Kafka.

Une femme parle de ce qu’elle qualifie d’anorexie.
Jeûne. Ne pas vouloir être soigné.

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Je me suis mise à pleurer d’un coup.

Je comprends toujours mieux, mais ça me fait mal. C’est si douloureux. Comprendre trop tard. Prisonnière de ces cauchemars kafkaïens, mon intérieur ressemble sans doute au sien.

Ce monde est difficile à embellir.

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Je n’ai pas pu repenser souvent à lui, par des questionnements.

Quand c’est le cas, le plus sombre me revient, et je pleure.

Le laid n’est pas nécessairement de la haine.

Mes quelques questionnements ont été surtout à propos de lui.
Tout ce qu’il cachait, pour ne pas être exposé. Alternant entre désir d’être regardé et l’irritation de se sentir observé. Pourquoi? Comment aurais-je pu mieux faire? Inutile de me poser la question. Ça ne ramènera ni le temps passé, ni sa présence dans ma vie actuelle.

J’aurais quand même aimé mieux faire. Tendre la main de façon plus claire. Je ne voulais pas le sauver. Je ne voulais pas que nous nous emprisonnions dans ces rôles, dans des dynamiques triangulaires. Je me suis enfuie, à ma façon. J’ai vécu le moment présent, sans penser à tout ce qui serait perdu la journée ou il ferait le choix de partir. J’aurais aimé qu’il se sente en sécurité avec moi. Je serai toujours prête à bien des choses (pour ne pas dire tout) pour le protéger.

Je ne peux pas le sauver de lui-même. J’aurais quand même aimé être là pour lui. Le soutenir. Il me l’a refusé. J’ai dû accepter.

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Du respect, de la bienveillance.

 

 

Sur le choc suivant les traumatismes / Maman / Les corbeaux / Kafka et Prague

26-27 novembre 17.

Maman m’est revenue avec quelques potins familiaux. Mais cette fois, elle semblait plus dans l’amour. Comme avant. Comme celle que j’ai connue, enfant. Jeune, encore lumineuse, avec la foi.

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Je crois qu’elle me l’a transmise. Peut-être avait-elle le secret projet de me faire sa fée. Autour de moi, elle aimait construire un monde magique, dans lequel je me sentais en sécurité. Avec elle, j’avais la force d’aller explorer par moi-même. Elle était proche.

Un de mots qu’elle m’a le plus répété est autonomie.
Une enfant unique autonome.

Rapidement, maman m’a quittée. Petit à petit, elle s’est enfermée dans les responsabilités, l’âge adulte. Très tardivement, quand je suis devenue à mon tour adulte, elle s’est libérée de ses rôles.

Un jour, je crois son cœur sera assez guéri pour qu’elle aime librement.

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Maman a tellement de force. Quand j’étais enfant, j’ai eu peur de ces moments tranchants, quand ses yeux s’assombrissaient même légèrement. J’étais sensible à ses tremblements. Maman pleurait beaucoup. Et elle ne nous donnait pas le droit de l’aider. Elle n’acceptait pas réellement les mains tendues. Tendues maladroitement par d’autres bêtes sauvages. Des mains sincères.

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C’est incroyable, la vie. À la dernière minute, un obstacle, et je n’ai pas pu faire de pas. Ça m’a soulagée d’un certains poids. Le devoir d’affronter ma peur des hommes.

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Ça me fait toujours me requestionner sur la méthode. Quelle est-elle? La méthode… C’est tellement plus facile, quand les choses sont ordonnées. Dans ce domaine, je n’ai vraiment plus AUCUN repère. J’ai toujours aimé draguer, jouer, expérimenter. Et maintenant, purifiée de mes désirs (dans mon cas, malsains) , je n’ai plus cette envie avec des inconnus, dans un cadre hors l’intimité. Mais comment devenir intime? Comment rencontrer quelqu’un, surtout, et faire assez confiance pour donner accès à l’intimité? J’ai l’impression d’avoir cette espèce de ceinture de chasteté, un mur entre moi et le monde, qui se veut bien pour moi. Comme je respecte les règles, j’accepte. J’accepte, parce que je connais les risques. Fragile, encore très jeune après cette renaissance, complètement à nue.

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J’ai essayé. J’ai fait ce qui m’était nécessaire pour me démontrer que je n’étais pas traumatisée. J’ai fait mes devoirs. Personne ne m’a vraiment plu. Pas assez pour aimer. Encore moins pour baiser, finalement. Comme j’ai changé.

J’ai demandé toute ma vie cet homme. Je ne croyais pas qu’en devenant moi, après l’avoir rencontré, je serais à nouveau aussi distante de corps des autres humains. Foi. Confiance. En quoi? Je ne sais pas. Me rappeller sa Beauté m’aide à avancer. Parce qu’il existe, j’existe et d’autres comme nous aussi.

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Oui, c’est vrai, je suis du genre à crier, le poing dans les airs, que la vie est si injuste. Il y a ce réflexe. La révolte pour me mettre en marche. Un moteur à l’action de base. J’ai tellement besoin de silence, de distance, de recul. On peut appeler ça de bien des façons. Besoin de voir clair. La confusion me rend rapidement folle. Je dois m’éloigner pour ne pas l’être. J’ai de la difficulté à reprendre contact, ensuite. Je ne sais plus comment aborder, ce qui est convenable ou non. Et si je ne parle pas avec mon cœur et ma vérité, mon amour, je deviens très décalée.

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Les poids sur ma conscience, la honte, se transforme en peurs. Selon mon état, elles durent longtemps ou non. Mais elles sont toujours un peu présentes. Je ne suis pas du tout remise physiquement. Tout ce stress, cette conscience des choses qui ont été, mon corps n’a pas encore fini d’intégrer. Ce n’est pas pour demain. La route est encore longue. Les bruits, les craquements me font encore trembler, c’est généralement ce qui me fait pleurer (comme en ce moment). Je craque. Au milieu de l’insécurité totale, enfin, je ressens. Comment cesser de me donner la mort ainsi? Malgré tout le travail, tous ces changements, il reste de l’irrésolu, de l’incomplet, et il y en aura toujours. J’ai senti l’Union, les choses se sont mises en place. C’est difficile. Je fais vraiment de mon mieux, et pourtant, pourtant… Quelle est la clé, la porte? Que sont-elles? Je sais les deuils faits, en grandes parties. Tant de relations dissipées, tant de flous entre moi et le monde, après cet éveil. Quelle année, cette année-là. Je ne sais plus toujours comment refaire les ponts. Je n’ai plus envie de les construire seule. Beaucoup de gens tiennent pour acquis que par ma force, je deviens invulnérable. Quand ma fureur s’est déchaînée, je crois que tous ont pris conscience de ma folie. Elle était réelle. Comme ma vulnérabilité. J’ai beaucoup de mal à me pardonner ces moments de laideur. Ma douleur exposée, je ne savais plus comment la reprendre. Comment recommencer du début. Avoir une autre chance. J’apprends à voir en quoi ce n’était pas méchant de ma part. Je me sens souvent comme en attente d’un jugement terrible. Toujours prête à être détruite, anéantie, tuée. Pourquoi cette agitation? Je sais que ce n’est pas la question qui donnera une réponse claire à ma problématique. Mais quand même, je me demande.

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Je me suis concentrée sur ma peur des femmes, ces deux dernières années. C’était si massif. Beaucoup de choses à résoudre, à apaiser.

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Je suis les vagues, je les écoute de mon mieux. Ce n’est sûrement pas suffisant pour échapper durablement à la noyade.

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Qu’est-ce que la constance? Quelle énigme. Je comprends par mon esprit l’impermanence, mais je crois que je ne l’accepte pas complètement. Hors ma réalité, certes, un concept qui n’est pas flou. Je me mets à distance. Pourquoi? Qu’est-ce qui me fait si peur là-dedans? Je sens que l’émotivité viendrait si je connectais théoriquement, non-émotionnelle, à la possibilité. L’empathie est toujours là, mais bien différente. En ces moments, je deviens présente et ça m’amène rapidement à ressentir par mon cœur. Mais la douleur est poignante. Après, la détente. Quand vient l’acceptation. Peut-être, après, la constance. Mon cœur se serre. Je suis si calme, pourtant.

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Aimer. Finalement, j’ai pardonné.

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Fini Haibane.

La rédemption, le pardon, demander de l’aide.

Et si… et si…

Les questions sans réponses, éternels tourments, le temps n’existe pas, mais il se crée. Le pardon est là, quelque part, à côté de moi. La petite fille est perdue sur un chemin plein de roches. Mon nom en porte la marque. Je marche, je marche, sur cette Voie, seule et triste, perdue dans un monde hors la rédemption. Le purgatoire. Faire face. Mais à quoi? Comment?

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Reconnexion massive. Nouveaux circuits empruntés.

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K. est juste à côté.

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Les Corbeaux, de quoi parlent-ils? Que pardonnent-ils? Se moquent-ils de nous, humains, petits et inconscients et de la vastitude? Corbeau…

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Le poids sur ma poitrine est plus grand, ce soir. Je ne sais pas pourquoi. Je me sens pourtant assez bien.

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J’écoute, tranquillement, une émission sur Kafka, en audio.
L’information entre sans que je m’agite plus mentalement.

Quoi que l’angoisse se pointe. Et mes yeux cherchent le point d’arrivée.

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Toujours cette même photographie de lui, en fond d’écran. J’ai bien observé les traits de son visage, sans me les nommer. Je me souviens du nez et des yeux. De quoi avait-il l’air, une fois en mouvement? Ses membres étaient-ils coordonnés? Comment était sa démarche? J’aime l’imaginer par moments à l’aise, regardant droit devant lui, présent. L’activité mentale neutralisée. Du calme, du calme. La respiration qui ralentit enfin, le regard qui se fixe sans s’embrouiller, sans devenir gris, vitreux. Comme j’aime le mystère des hommes de pluie. Les regarder avant qu’ils s’évaporent.

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Cette nuit à Prague avait été magique. Je me souviens de mon malaise, l’impression d’être prise entre des murs. Mais il y avait aussi cet air, cette frénésie, qui rendait tout possible. Le ciel était très sombre, les étoiles nombreuses. Dans l’agitation de la foule, nous nous sommes recueillis et émerveillés. J’ai prié pour l’amour. J’ai été exaucée.

Réflexions sur l’arrogance et le rejet, la peur de dire non (de dire oui)

24 novembre 2017.

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J’ai eu 28 ans, hier.

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Il y a cette arrogance, cette façon de dire que c’est assez. Toujours pensé que ça me gardait peut-être en vie. Molle. Impulsive, sinon sans mouvement. Je ne suis pourtant pas indifférente. Tellement aimé fort. Juste avant. Il y a la fierté, qui contredit l’humilité. Regard noir, direct, pour un instant plus aucun détour. Pourquoi? Trop mal de m’être tue. Limites de l’acceptation docile et silencieuse. Ma violence miroitée dans celle de l’autre. Je me suis punie de mon arrogance. C’est assez. Limites dépassées. Je me braque, j’existe. Frayeur, stupeur, tremblements. Nausées, vertiges, bégaiements. Hurlement, silence extrême. Je n’ai jamais bien su quand ou comment parler.

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1191

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La solitude. Conséquence courante de la conscience.

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Le véritable problème, c’est que seule, je développe rapidement une peur des humains. Peu de foi en l’avenir collectif, aucun sentiment d’appartenance à la race, à la culture, à quoi que ce soit. Je deviens à l’aise avec moi-même dans l’intimité, confortable dans ce monde que j’habite, malgré certains moments de tristesse pointue. Je la préfère à l’impossibilité de connecter, à la déception de faire face à un regard vide, indisponible, toujours un peu indisponible. Je préfère, malheureusement peut-être, rester seule que de donner sans recevoir. Je donne différemment et ailleurs, cependant. Mon sens de la relation et de l’intimité ont beaucoup changé.

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J’ai permis qu’il m’enferme. Je ne sais pas à quel point c’était conscient de sa part, consentant de la mienne. Je me souviens l’avoir averti que je n’étais pas la bonne personne pour lui. J’avais envie de vivre, de toucher, de goûter. J’étais bien dans ma peau, confiante. J’étais en paix avec ma sexualité. J’acceptais l’idée de fréquenter des hommes sans m’attacher. L’avait-il vu? Sait-il comme je ne m’apprêtais en rien à m’engager dans une relation? Je n’ai pas eu le courage de dire non. Je l’aimais et je ne voulais pas risquer un adieu. Je me suis engagée pour ne pas avoir à le faire.

*

Après, avec lui, j’ai choisi maladroitement de m’engager sur aucune voie.

Je lui ai laissé le choix.

Ça ne veut pas dire que ça a été facile de le regarder partir.

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J’ai ressenti. Je ressens.
Le serrement. J’avais oublié.

J’ai tendance à ne pas revivre ce qui n’est plus.
Par volonté de vivre le moment présent.
J’oublie, j’oublie.
Est-ce que ça aussi, c’est rejeter?

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Sur cet amour (émotivité non-refoulée résultant en tristesse immense) / cauchemar : l’homme en métamorphose

16-17 11 17

Je m’ennuie, des fois, de MSN. En même temps, ces conversations étaient souvent honteuses. Dans le monde virtuel aussi, je n’ai pas connu de relations heureuses, durables. Des maladresses mutuelles, je crois.

*

J’avais eu beaucoup de peine en voyant ces conversations entre lui et cette fille, qu’il avait beaucoup aimée. Il projetait sur moi beaucoup de ses défauts, et se vengeait, justifiant les ressemblances. Plus tard, il a nié qu’on avait eu ces conversations. Peut-être nierait-il aussi avoir nié les faits. Tout était tellement compliqué entre nous. Toujours des incompréhensions majeures, et indénouables. L’impossibilité d’une communication fluide, dans une certaine constance. Cette fois-là, après ce geste ouvertement saboteur, il m’avait laissée. Pour ensuite me faire visiter avec lui un appartement. Le premier que nous allions partager. Je pense qu’à partir de ce moment-là, j’étais prête à redécouvrir hors cette relation, l’amour. Je me suis détachée, lentement. J’ai vu.

Toutes ces épreuves, quand il était mal dans sa peau. Il s’aimait une fois sur deux. Je n’ai jamais vu quelqu’un avec autant de haine. J’ai vu dans ses yeux qu’il me haïssait vraiment, parfois. C’était un dégoût si prononcé. Le vide dans ses yeux pourtant éclatants. Quelle confusion ça a créé en moi. Comme je suis heureuse que nous ayons finalement mis un terme à ces souffrances. J’ai accepté la rupture. Je n’ai pas renouvelé le contrat. Je n’ai dit ni non, ni oui. OK.

*

Voilà pourquoi ce simple mot a été pour moi à la source d’une grande douleur. OK. Ça veut tout dire. C’est loin d’être flou, dans ce langage intime que j’ai avec moi-même. Ces résonnances dans son vocabulaire. Ça me rend incapable de déterminer le réel sens de ses mots. Sans calme entre nous, tout se floue. Je ne sais pas ce qui part de lui ou de moi. Dans son absence, tout s’est ravivé. Une simple conversation m’aurait sans doute apaisée. J’ai voulu trop rapidement lui pardonner. J’ai préféré ne pas y penser. Pour ne pas refouler, j’ai écrit. Je n’ai pas beaucoup ressenti. Quand c’est arrivé, c’était très frustrant. Une énigme sans réponse. À quoi bon réfléchir à quelque chose qui ne s’apaisera pas par la confirmation? J’ai essayé d’éviter de me torturer.

*

La douleur est tellement vive par moment. Je ne peux même pas l’identifier. Ni sa source, ni sa destination. Tout se crispe. La vie en moi est bel et bien là si ma poitrine se soulève pour respirer bruyamment, si mes larmes font des vagues dans mes yeux et mes sanglots des rochers dans ma gorge. Je ne crois pas que tout est en moi. Je peux mettre ma main sur mon épaule et me dire que ça ira mieux demain. C’est une vérité partielle. Puisque la douleur revient toujours. Si je ne l’empêche pas de monter, je pleure, seule et défaite, tourmentée par aucune pensée, seulement par le constat de ma réalité. Je fais bel et bien des choses que j’aime, je suis bel et bien entourée. Mais il me manque. Pendant un moment j’oublie, je banalise. Puis mon corps se le rappelle. L’aimant qui ne sait plus sur quoi se coller. Mais qui ressent toujours l’attraction. Je n’en suis même plus à avoir honte de la non-réciprocité. Ce n’est plus le point. J’aimerais juste me pardonner. J’aimerais vraiment me pardonner. Comment tout peut être en moi quand c’est un autre que j’ai blessé? L’arme est là, les flèches, le pardon partiel. En toute humilité, je crois que ce n’est pas assez pour vivre satisfait.

*

Il existe en cet amour une part de mystère divin. Quand c’est en ces sensations que je m’abandonne, tout se guérit. Je n’oublierai jamais comme c’était bon de ressentir cet amour pour lui. Mon corps, du moins, n’a pas oublié. L’effet indéniable, partout en moi, quand j’acceptais de le regarder et de me laisser regarder. De grands émois électriques. Incontrôlables. Qu’il soulignait sans toujours s’en rendre compte. J’ai dû répéter souvent que j’étais réellement intimidée par sa beauté. Ce n’était pas nécessairement une métaphore.  Quand il le constatait, son regard me devenait indéchiffrable, très sérieux, les sourcils froncés. En train d’étudier, d’assimiler. Bon Dieu que j’étais gênée. Quand on se regardait en même temps, c’était différent. C’était enveloppant.

*

Refuser de l’aimer, rejeter non pas lui, mais cette possibilité. Ça fait trop mal. Penser à quelqu’un qui m’a refusée. La réciproque. Refuser de l’aimer. Ne plus y penser. Le moins possible. Me protéger. Quel gâchis. Il était tellement beau. Je n’ai jamais vu quelqu’un de si beau ni avant, ni après. J’ai fait de mon mieux pour maintenir l’amour. Ne pas refouler les bons sentiments, qui montent plus souvent que ce à quoi je suis habituée. C’est tout un défi. Ne pas dire non, ne pas dire oui, finalement.

*

Ces derniers jours, mes émotions ont été plus pointues. J’ai ressenti avec précision les pincements. Revécu les ruptures. Pas par la pensée. Sur le coup, je n’ai pas compris ce qui se passait. Des maux de tête. Puis des souvenirs. Je n’aime pas me rappeler quand je ne peux rien réparer.

*

Deux ans. Tout a passé si vite et si lentement. Comme si le temps s’était figé dans l’instant inachevé. Tant de bouleversements.

Vivre seule, me réapprivoiser. La solitude, celle qui est bonne. La solitude, celle qui fait pleurer.

*

J’ai encore fait un rêve dans lequel, intoxiquée, je finis dans les bras de cet homme que je ne connais pas. Dans ces rêves, généralement, on fête ensemble, et on développe rapidement une complicité fraternelle. On a envie de jouer, et on va plus loin. Pour ça, j’ai besoin d’être dans un état second. Donc, même dans mes rêves, je sabote ma lucidité. Ce que je trouve particulier, c’est que lui aussi doit boire beaucoup, consommer à peu près n’importe quoi, pour pouvoir être en relation intime avec moi. Comme si on s’était mis d’accord pour ressentir ensemble l’amour à moitié.

Je me souviens d’une scène précise. Couchée sur lui, j’embrassais un peu mollement sa clavicule. Puis, ça a viré au cauchemar. Son corps est devenu plus gras. Rapidement, je me suis retrouvée avec quelque chose qui s’apparente à un sein, dans les mains. Une forme assez féminine. Puis, j’ai vu des tatouages. Ce n’était donc plus l’homme que j’avais choisi tièdement, mais quelqu’un d’autre que j’ai refusé dans la réalité. Je me suis retrouvée dans un cauchemar. Je constatais l’environnement : nous étions couchés dans un lit blanc, assez froid, entourés de centaines de boîtes empilées, dans le sous-sol de H.

Je n’ai pas retrouvé la lucidité.

Après m’être réveillée, deux fois, en me rendormant, le rêve a continué.

(1100. Merci.)